Dans la capitale économique comme à l’intérieur du pays, les déchets plastiques sont observables dans les caniveaux, les ruisseaux, les rivières, dans la nature, les lacs. D’autres jonchent le sol. Et ce malgré les appels des autorités à l’assainissement de la capitale économique en particulier et de tout le pays en général. Les plus récents est le jeudi vert, une journée initiée depuis un certain temps dédie à l’environnement et la mise sur pied de la politique de zéro déchet initié par la première dame du Burundi Angeline Ndayishimiye ainsi que la mise en place d’une ordonnance portant institution des amandes appliquées à ceux qui polluent l’environnement.
Malgré tous ces efforts, le chemin reste long. Les déchets et surtout les déchets plastiques restent visibles partout malgré la collecte et recyclage initiés par certaines sociétés burundaises.
Situation au niveau mondial
Selon les projections de l’OCDE, la production de plastiques devrait atteindre 750 millions de tonnes en 2040 et dépasser un milliard de tonnes avant 2050. La production de déchets suit la courbe de production des plastiques. Ainsi, les déchets plastiques produits devraient passer de 360 millions de tonnes en 2020 à 617 millions de tonnes en 2040.
En dépit d’un discours laissant croire à la circularité du cycle de vie des plastiques, celui-ci reste linéaire, et ce même dans les pays les plus avancés en termes de collecte, de tri et de traitement des déchets. Cependant, au niveau mondial, moins de 10 % des déchets plastiques sont recyclés et malgré les progrès attendus en matière de collecte, de tri et de traitement des déchets, à politiques inchangées, ce taux ne devrait pas dépasser 14 % en 2040, contre 50 % pour les mises en décharge et 17 % pour l’incinération.
La pollution plastique amplifiée par la présence de microplastiques
Les plastiques ne sont pas inertes. Confrontés aux éléments naturels, notamment aux rayons ultraviolets, à l’eau et à l’oxygène, leur surface s’érode et ils se fragmentent pour former des microplastiques et des nano plastiques.
Les fuites de microplastiques dans l’environnement ont lieu tout au long du cycle de vie des plastiques: au moment de leur production – à travers les pertes de granulés industriels ; au moment de leur utilisation – c’était le cas lorsque des microbilles de plastique étaient incorporées aux cosmétiques, pratique désormais interdite en Europe, mais cela reste le cas à travers l’usure des pneus et le lavage des textiles synthétiques ; au moment de leur fin de vie en raison de la dégradation des microplastiques présents dans l’environnement.
Les plastiques ont envahi tous les compartiments de l’environnement
Ils sont décelables à 10 000 mètres au fond des océans, mais aussi dans les glaciers de l’Himalaya et même dans les nuages, sous forme de microplastiques. La présence de microplastiques loin de leurs sources d’émission est liée à la forte augmentation des déchets plastiques mal gérés, mais également à leur faible taille, leur légèreté et leur persistance. Des résultats de recherches sur le transport troposphérique des microplastiques montrent le passage dans l’air de particules contenues dans les embruns et leur transport sur de longues distances.
Une étude a conclu que les bouteilles d’eau en plastique contiennent 250 000 particules par litre. Toutefois, la petite taille de ces particules et la diversité des environnements dans lesquels elles se trouvent posent un réel défi méthodologique pour leur détection et leur quantification. Par exemple, il n’existe pas encore de technique permettant de détecter les nanoparticules dans le poumon. Les nanoplastiques intéressent néanmoins les chercheurs dans la mesure où ils sont susceptibles de traverser la barrière intestinale ou encore l’épithélium et d’entrer dans la circulation sanguine pour atteindre des organes secondaires.
Les microplastiques sont présents dans tous les organes humains et s’y accumulent
L’étude indique qu’il existe trois voies d’exposition de l’homme aux plastiques : par l’alimentation, la respiration et le contact cutané. L’exposition peut être directe, à travers l’utilisation de produits du quotidien, mais également à travers l’inhalation. L’inhalation de microplastiques est au moins aussi importante que l’ingestion. L’exposition peut également être indirecte : les micro- et nanoplastiques sont présents dans tous les écosystèmes et affectent les espèces animales et végétales que nous consommons : le sel, la bière, les fruits et légumes, le thé, les œufs, la viande, etc.
Les organes d’absorption sont multiples : les poumons, le côlon, la peau. Il a été démontré que les plastiques pouvaient être transportés par le sang, mais également par les nerfs, et atteindre ainsi des organes qu’on qualifie de lointains, tels que les testicules, le placenta, les reins ou encore le cerveau. Une étude a évalué la concentration du plastique dans cet organe à 5 milligrammes par gramme : cela signifierait que 0,5 % de la masse du cerveau serait constituée de plastique.
La dangerosité des plastiques est également liée aux substances chimiques qu’ils contiennent
Des études ont montré que la dangerosité des plastiques est également liée aux substances chimiques qu’ils contiennent. La production de plastiques fait intervenir de très nombreux produits chimiques à différentes étapes de la fabrication. Ils existent des milliers de produits chimiques auxquels l’homme est exposé dont les polybromodiphényléthers (PBDE), utilisés comme retardateurs de flamme dans les produits textiles ou électroniques et classés comme des polluants organiques persistants par la convention de Stockholm, Le bisphénol A (BPA), monomère entrant dans la fabrication du polycarbonate, mais également dans la composition des résines époxy utilisées pour le revêtement des boîtes de conserve et des canettes, les phtalates et en particulier le DEHP – phtalate de bis(2-éthylhexyle), utilisés notamment pour rendre le plastique plus souple.
Et, la dangerosité des substances chimiques de ces derniers est déterminée selon quatre critères à savoir : leur caractère persistant, leur capacité de bioaccumulation, leur mobilité e leur toxicité. Selon le type de substances chimiques, les conséquences sanitaires sont catastrophiques.
Les conséquences sanitaires de ses plastiques sur la santé
Près de 1 000 méta-analyses issues de 52 revues systématiques, représentant l’équivalent de 1,5 million de données.
Elle a mis en évidence des preuves épidémiologiques solides établissant des liens entre l’exposition du fœtus aux PBDE pendant la grossesse et un poids faible à la naissance, un retard ou une altération du développement cognitif chez l’enfant ou encore une
perte de quotient intellectuel (QI). Des preuves statistiquement significatives de perturbation endocrinienne liée au fonctionnement du système hormonal thyroïdien chez l’adulte ont également été mises en évidence.
En ce qui concerne le BPA, la revue générale établit des liens avec des malformations génitales chez les nouveau-nés filles exposées au BPA dans l’utérus, avec le diabète de type 2 chez les adultes et la résistance à l’insuline, ainsi qu’avec le syndrome ovarien polykystique chez les femmes. L’exposition au BPA augmente également le risque d’obésité et d’hypertension chez les enfants comme chez les adultes ainsi que le risque de maladies cardiovasculaires chez les adultes.
Enfin, la revue générale établit des liens entre l’exposition au DEHP et des fausses couches, des malformations génitales chez les nouveau-nés garçons, un retard ou une altération de développement cognitif chez l’enfant, la perte de quotient intellectuel QI, un retard du développement psychomoteur, une puberté précoce chez les jeunes filles et d’endométriose chez les jeunes femmes. L’exposition au DEHP a également de multiples effets sur la santé cardiométabolique, notamment la résistance à l’insuline, l’obésité ou encore l’augmentation de la pression artérielle.
Le lac Tanganyika, un réservoir de microplastiques
Une étude menée sur 38 lacs dont le lac Tanganyika pour mener une investigation sur la pollution par des débris plastiques, à laquelle avait contribué Dr Claver Sibomana, professeur associé, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences, département de Biologie à l’Université du Burundi a montré que le lac Tanyanyika est menacé par la pollution plastique.
Dans une interview accordée au Journal Iwacu sur cette étude, Dr Sibomana indique que deux types de lacs sont particulièrement vulnérables à la contamination au plastique. Ce sont les lacs et réservoirs qui sont dans les zones densément peuplées et urbanisées. Et les grands lacs et réservoirs avec des zones de dépôt élevées avec un temps très élevé de rétention d’eau et de niveau élevé d’influence anthropique.
Il indique que concernant le lac Tanganyika, il a pris les échantillons au large de Nyamugari, au sud de Bujumbura. C’est dans une zone qui est encore considérée comme non polluée. J’ai filtré une quantité d’eau à la surface. Les échantillons ont été analysés pour voir la concentration des microplastiques. Il précise que les résultats sont étonnant. "Nous avons trouvé une concentration de microplastiques d’environ 2,5 particules par m³.
En comparant avec les autres lacs, le lac Tanganyika a presque une valeur moyenne. Il n’est pas parmi les lacs avec les plus grandes concentrations en déchets plastiques. Mais je souligne que j’ai pris des échantillons dans un endroit qui était considéré comme non polluée". Il rappelle qu’il a pris les échantillons dans l’endroit jugé non pollué. Et de projeter "s’ils étaient pris au large ou bien dans la baie de Bujumbura, la concentration en microplastiques doit être supérieure. Et de conclure que le lac Tanganyika est vulnérable à la pollution plastique.
A la question de savoir si avec cette étude on a constaté la présente de microplastiques, il répond par l’affirmative. Dans les études menées remontant à moins de dix ans, on a constaté la présence de microplastiques dans les intestins des poissons, les crustacés, les mollusques qui sont comestibles et les fruits de mer. On a aussi constaté qu’avec la consommation de ces organismes, l’homme peut ingérer ces microplastiques. Selon une étude menée en 2022, on a trouvé des microplastiques dans des poumons, dans le sang humain des volontaires.
Dr Sibomana reconnait que la pollution du lac Tanganyika est évitable par la conjugaison des efforts q tous les niveaux. Il précise que les responsabilités sont partagées. Chacun doit jouer son rôle. Avec un accent particulier sur le gouvernement, les services en charge de la protection de l’environnement et de la gestion des déchets, notamment dans les villes. Il faut que les services publics s’activent pour agir dans la gestion, le recyclage et la sensibilisation.
Il ajoute qu’Il faut prendre des mesures pour que la population qui n’a pas encore compris le bien-fondé de la réduction des déchets plastiques soit sensibilisée et mise devant ses responsabilités par des mesures contraignantes.
Des sociétés locales s’investissent dans la collecte et le recyclage
Dans un atelier de sensibilisation des médias sur l’économie circulaire organisé par l’Organisation LVIA en collaboration avec le ministère ayant dans ses attribution l’environnement, il a été démontré que les sociétés locales s’investissent dans la collecte, le recyclage et la valorisation de déchets de tous genres dont des déchets plastiques. L’on cite notamment Nezegwa Investissment Group qui, depuis 2020 collecte et recycle les déchets plastiques et d’autres types de déchets selon le representqnt de cette societe Silas Bucumi