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La responsable politique du Forum africain et Réseau sur la dette et le développement (AFRODAD), Catherine Mithia, a présenté une analyse approfondie de la crise de la dette africaine et des solutions proposées par le continent lors de la deuxième journée de l’Initiative médiatique AFROMEDI VI, tenu à Nairobi, Kenya .
Dans une intervention de la responsable politique d’AFRODAD, Catherine Mithia a exposé sur les fondements de la Position commune africaine sur la dette, adoptée à travers la Déclaration de Lomé de 2025 sous l’égide de l’Union africaine (UA). Son message était clair : l’Afrique doit simultanément réformer l’architecture financière internationale et renforcer ses mécanismes internes pour reprendre le contrôle de sa souveraineté économique.

Une crise de la dette qui fragilise le développement

Selon Mithia, la montée du service de la dette constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles au développement du continent africain. Les ressources publiques sont de plus en plus absorbées par le remboursement des emprunts, au détriment des investissements essentiels entre autres,  la santé, l’éducation et les infrastructures.

Elle a rappelé que l’Afrique fait face à un déficit annuel de financement du développement estimé à près de 200 milliards de dollars, aggravé par la baisse continue de l’aide publique au développement et par l’augmentation des coûts d’emprunt sur les marchés internationaux.

« Les pays africains empruntent à des taux d’intérêt élevés, et cette situation devient de plus en plus coûteuse pour les économies en développement », a-t-elle souligné.

Les conséquences de cette situation sont particulièrement visibles dans plusieurs pays africains fortement endettés, où les dépenses sociales sont comprimées sous le poids des obligations financières.

Les causes structurelles de l’endettement africain

L’experte d’AFRODAD a identifié plusieurs facteurs externes et internes qui alimentent la crise actuelle. Parmi les facteurs internationaux figurent : la hausse mondiale des taux d’intérêt après la pandémie de COVID-19, les effets économiques de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la volatilité des taux de change et les limites des mécanismes internationaux de restructuration de la dette.

Catherine Mithia a notamment critiqué le Cadre commun du G20, jugé insuffisant en raison de l’absence d’obligation contraignante pour les créanciers privés de participer aux restructurations. « Le principal défi reste la négociation avec les créanciers privés, qui participent uniquement sur une base volontaire », a-t-elle expliqué. Sur le plan interne, elle a évoqué les défis liés à la gouvernance, au manque de transparence et à la faiblesse des mécanismes de contrôle parlementaire dans plusieurs États africains.

Deux piliers pour une réponse africaine coordonnée

L’intervention de Catherine Mithia s’est articulée autour de deux axes majeurs proposés par la Position commune africaine. Il s’agit ici de réformer l’architecture financière mondiale et le renforcement des capacités financières africaines. 

A cela, l’Union africaine réclame notamment : la suspension automatique du service de la dette pendant les négociations de restructuration, l’élargissement du cadre commun du G20 davantage de pays africains et la création d’un mécanisme multilatéral de règlement de la dette sous l’égide des Nations unies.

Selon Mithia, ces réformes permettraient d’éviter que les pays en difficulté ne continuent à accumuler des intérêts pendant les discussions avec les créanciers. Elle a également insisté sur l’importance de revoir les méthodes d’analyse de viabilité de la dette afin d’intégrer les réalités de développement propres au continent africain.

Des solutions africaines pour un financement durable


Le second pilier repose sur le renforcement des capacités financières africaines et la promotion de solutions conçues par le continent lui-même.

Parmi les priorités évoquées : il s’agit de l’accélération de l’intégration monétaire africaine, le renforcement des institutions financières régionales, l’amélioration de la mobilisation des ressources domestiques et la lutte contre les flux financiers illicites.

Mithia a également mis en avant le projet de création d’une Agence africaine de notation de crédit, destinée à réduire les biais observés dans les évaluations des agences internationales. « Il est essentiel que l’Afrique développe ses propres outils d’évaluation financière afin de renforcer sa crédibilité et son autonomie », a-t-elle déclaré.

Un mécanisme africain de surveillance de la dette

L’un des points majeurs de son intervention a aussi porté sur le futur Mécanisme africain de surveillance de la dette, approuvé par l’Union africaine.

Cette initiative ambitionne de créer une base de données continentale centralisée qui permettront de suivre en temps réel : les emprunts publics, les dettes des entreprises publiques, les partenariats public-privé et les engagements financiers cachés.

L’objectif est de renforcer la transparence, d’améliorer la gestion des risques et de consolider la position de négociation des États africains face aux créanciers internationaux.

Une vision de long terme pour la souveraineté financière africaine

Malgré les défis politiques, les résistances des créanciers et les incertitudes économiques mondiales, Catherine Mithia estime que l’Afrique dispose aujourd’hui d’une opportunité historique pour redéfinir sa relation avec la dette. L’obtention du siège permanent de l’Union africaine au G20, les discussions autour d’un mécanisme onusien de règlement de la dette et les nouvelles initiatives financières africaines témoignent, selon elle, d’une dynamique en faveur d’une plus grande souveraineté économique. « La Position commune africaine ne vise pas seulement à répondre à la crise actuelle, mais aussi à placer l’Afrique sur une trajectoire durable de stabilité financière et de résilience économique », a-t-elle conclu.

Le rôle stratégique que doivent jouer les médias africains

Dans cette compréhension commune de la dette, les journalistes participant à AFROMEDI VI sont appelés à : renforcer les enquêtes économiques, vulgariser les questions financières complexes, suivre les négociations internationales  et mettre en lumière les impacts sociaux de l’endettement car, dit-elle, les médias sont considérés comme des acteurs clés dans la promotion de la transparence, de la responsabilité publique et de la justice socio-économique.

Notons que les discussions engagées à Nairobi lors d’AFROMEDI VI pourraient contribuer à renforcer la voix africaine dans les débats mondiaux sur la réforme de la gouvernance financière internationale.

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