Le développement des infrastructures en Afrique, moteur essentiel de la croissance et de l'intégration continentale, se heurte aujourd'hui au lourd fardeau de la dette publique. Si l'emprunt a permis de financer d'importants projets ces dernières années, les ratios dette/PIB de nombreux pays se sont fortement accrus.
Le recours aux bailleurs de fonds étrangers (notamment bilatéraux et multilatéraux) a alourdi la dette souveraine de nombreux pays africains. L'envolée du coût du service de la dette limite considérablement la marge de manœuvre budgétaire des États, réduisant les dépenses dans les secteurs sociaux cruciaux tels que la santé et l’éducation.

Lors de l’ouverture de l’AFROMEDI VI, Dr Yungong Jong, directeur par intérim d’AFRODAD a souligné que la dette publique de l'Afrique subsaharienne a doublé en dix ans, atteignant 60 % du PIB en 2024, les gouvernements devant faire face à 20 milliards de dollars d'intérêts pour la seule année 2025.
Il a indiqué que le service de la dette extérieure a explosé en 2024 pour atteindre 163 milliards de dollars, soit une hausse de 167 % depuis 2010. Ce qui place 21 pays à faible revenu en situation de surendettement ou au bord de l'effondrement. Dr Jong a rappelé que l’Afrique dispose d’un arsenal de créanciers dont les institutions multilatérales qui prêtent à hauteur de 39 %, les prêteurs privés à 35 %, la Chine 12 % et 14 % pour d'autres créanciers bilatéraux.
Le directeur exécutif intérimaire d’Afrodad insiste sur le fait que les pays africains ne participent pas aux modalités de prêts et de remboursement. Ce sont des mesures qui sont arrêtés ailleurs auxquels les pays africains doivent se conformer. De surcroit, il appelle les pays africains à une position commune en matière de la dette.

Certaines données sur les taux d’intérêts appliqués témoignent de cette inégalité en matière de la dette, surtout contractée auprès du FMI et de la BAD. Pour l’Allemagne, la première économie européenne, le taux d’intérêts appliqué, il y a 10 ans avoisine 1.5%. Les USA, environ 3.8 %, l’Asie et l’Océanie 4.8 %, l’Europe et l’Asie centrale 5.5 %, l’Amérique Latine et Caraïbes 7% alors que le taux d’intérêt applique pour l’Afrique est nettement élevé à hauteur de 9.8 %.
« Comprendre la dette permet de savoir qui contrôle réellement les décisions économiques nationales », a souligné Jong, exhortant les médias à demander des comptes aux gouvernements et à informer les citoyens des conséquences à long terme de l’endettement.
La crise de la dette africaine n’est plus un débat politique lointain. Face à un service de la dette qui absorbe des ressources sans précédent, le défi est immédiat et la responsabilité de relater cette histoire incombe pleinement aux journalistes africains.