Pour l'émission de ce vendredi 02 octobre 2026, deux invités étaient sur plateau: Lin Ndayikengurukiye, de l'organisation Rurame, et Ferdinand Simbaruhije, porte-parole de la FENADEB. Ils ont décrypté le thème : « La mésentente autour de la gestion des biens du ménage peut-elle conduire à la maladie mentale? »
Pour les deux experts, la réponse est unanime : la mauvaise gestion des ressources familiales est l'une des principales causes de dislocation des foyers et un facteur majeur de troubles mentaux.
Quand deux histoires financières s'affrontent
Tout part souvent de vécus différents, explique Lin Ndayikengurukiye. Si l'un des époux a grandi dans une extrême pauvreté et que l'autre a grandi en dépensant sans compter ou en envoyant de l'argent à sa belle-famille sans concertation, une fois le foyer fondé, la confiance s'effrite. Les conjoints ne parviennent plus à élaborer des projets communs, car ils ne voient plus l'avenir de la même manière. Les projets sont abandonnés, la frustration s'installe, et le stress chronique s'installe.
A force de disputes répétées, ajoute Ndayikengurukiye, ce stress se transforme en anxiété, en dépression et, dans certains cas, en troubles plus sévères. Quand les enfants grandissent dans ce contexte de gaspillage et de conflits permanents, les séquelles psychologiques les poursuivent toute leur vie.
Le poids de la tradition
Les conflits sont aussi alimentés par la culture. Dans la tradition burundaise, on dit que « l'homme est le chef de la famille ». Cette croyance pousse certains hommes à penser qu'ils peuvent gérer l'argent comme ils l'entendent. Or, aujourd'hui, les femmes mènent aussi des activités génératrices de revenus et réclament, à juste titre, de participer aux décisions financières.
Selon M. Ndayikengurukiye, trois maux majeurs détruisent les ménages : le manque de communication, l'infidélité et la mauvaise gestion des biens. Il observe que, suite à la mésentente familiale, certains enfants prennent le chemin de la rue. D'autres s'adonnent à de petites activités génératrices de revenus, comme le petit commerce, pour subvenir à leurs propres besoins.
L'argent devrait être une bénédiction, pas une malédiction
« Les ressources ne devraient pas être une source de mésentente , mais une bénédiction pour le foyer », insiste M. Ndayikengurukiye. Il cite le cas d'hommes qui, dès qu'ils perçoivent un revenu, entretiennent plusieurs relations extraconjugales, dilapidant ainsi l'économie du ménage.
Inversement, regrette M. Ndayikengurukiye, il arrive que certaines femmes qui gagnent de l'argent ne respectent plus leur conjoint et gèrent les ressources sans aucune concertation, ce qui crée un autre type de conflit.
Quand le gaspillage rend malade
Les conséquences sur la santé mentale sont directes. Un enfant contraint de vivre dans la rue ou de faire des travaux domestiques pour survivre à cause du gaspillage familial comprend, une fois adulte, pourquoi il n'a pas pu étudier. S'il se retrouve lui-même avec un conjoint qui gaspille, son foyer se brise très vite, car il revit son traumatisme d'enfance.
Une étude révèle que 30% des disputes conjugales portent sur les questions financières.
Il y a aussi ces femmes à qui l'on dit : « Ne cherche pas de travail, je finance tous les besoins familiaux », et qui finissent sans revenu propre, se sentant inutiles et sans valeur. Cet isolement économique est un terreau fertile pour la dépression.
Les enfants, premières victimes
Pour Ferdinand Simbaruhije, chargé de la communication au sein de Fenadeb « quand le foyer est déstabilisé, cela affecte directement les enfants car leur éducation est perturbée. Quand le foyer est en panne, les enfants manquent de tout : un logement, de quoi manger, la sécurité, de quoi s'habiller, le droit à l'éducation ».
Selon M. Simbaruhije, l'enfant a le droit d'être protégé, mais quand les parents ne s'entendent pas, il n'est plus protégé. Même à l'école, ajoute-il, il ne suit plus en classe parce qu'il n'a pas dormi la nuit à cause des disputes. La solution, selon les deux experts, reste le dialogue : se concerter avant toute décision financière, tirer sur la même corde et placer l'intérêt supérieur de l'enfant au centre. C'est à ce prix que l'on préserve à la fois le foyer et la santé mentale de toute la famille.