La grue royale occupe une place de choix dans la culture burundaise. Elle est fréquemment présente dans les chants et les contes traditionnels et dans certaines représentations cultuelles. Au-delà de son importance culturelle, elle joue un rôle essentiel dans l'écosystème, ce qui rend sa préservation essentielle à la sauvegarde du patrimoine écologique du Burundi.
La protection de la grue royale exige donc une action immédiate, notamment la conservation de son habitat et la lutte contre le commerce illégal. De ce fait, la protection et la préservation requiert une collaboration entre les autorités, les communautés locales et les acteurs internationaux, la société civile et les institutions gouvernementales.
Dans les marais de la réserve naturelle de Malagarazi, au sud-est du Burundi, les grues royales étaient autrefois un spectacle courant. Avec la destruction de leur habitat naturel, ces oiseaux ont trouvé refuge dans d’autres pays où ils ne se sentent pas menacés, explique Arsène Manirambona, représentant légale de l’ABN. Cet acteur de la société civile militant pour la protection des oiseaux regrette que cette espèce emblématique soit classée comme menacée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Arsène Manirambona, représentant légale de l’ABNM. Manirambona souligne que les changements climatiques, la croissance démographique rapide et l'expansion des plantations de canne à sucre par la société sucrière Moso (SOSUMO) figurent parmi les principales causes de la décadence de la grue royale. Ces facteurs combinés menacent l'habitat naturel de l'espèce, mettant en péril sa survie dans la région. L'expansion agricole réduit les zones humides constituant l’habitat naturel de l’espèce, aggravant ainsi les effets des perturbations environnementales liées au climat.
Cet ornithologue a indiqué que la principale cause de l’extinction inexorable de la grue royale est liée à l’agriculture, surpâturage, la construction de grands barrages, l’assèchement des zones humides, les sécheresses successives, la chasse et la capture pour alimenter les zoos privés.
Préserver les habitats naturelsSelon M. Manirambona, la préservation des habitats naturels est cruciale pour la survie de toutes les espèces, aquatiques comme terrestres. Cet expert explique que chaque animal a besoin d’un environnement qui réponde à ses besoins essentiels. Concernant la grue royale, M. Manirambona précise que cette espèce vit principalement dans les zones marécageuses, où elle trouve sa nourriture et se reproduit. C’est pourquoi, explique-t-il, la déforestation et la transformation des marais en terres agricoles menacent directement son habitat, contribuant ainsi à son déclin.
Impliquer les communautés
Certains membres de l'ABN, l'administration de la communale de Kirundo, la communauté locale et les corps de défense en train de planter des arbres (umurera) pour protéger et restaurer l'habitat de la grue royale
Pour gagner le pari, M. Manirambona indique qu’il faut travailler avec les communautés et engager des activités. Et ces activités ont déjà apporté des fruits parce que maintenant la population qui cultive les marais a déjà compris qu’il faut une bonne cohabitation avec la grue royale. Satisfaisante dans la mesure où, a Kirundo l’administration a aidé à sensibiliser pour éveiller la conscience des agriculteurs et protéger la grue royale. « On a déjà mis en place une équipe de champions, les points focaux qui nous aident à faire le suivi pour surveiller le mouvement de ces oiseaux dans le pays et au-delà des frontières ». Un travail louable qui donne de l’espoir que nous allons revoir la grue royale comme on la voyait dans le temps.
« Maintenir en captivité la grue royale constitue une inflaction»
Concernant la capture de ces oiseaux pour les utiliser comme éléments décoratifs et d’ornements dans des propriétés privées ou des hôtels M. Manirambona indique que « cela les prive de leur liberté ». Il déplore que, dans de nombreux cas, leurs ailes sont coupées pour les empêcher de voler.
Une grue royale retirée de son habitat naturel entrain de picorer dans une parcelle pavée L'autre facteur aggravant, selon Manirambona, est la faible fertilité de la grue royale. Les couples de grues sont monogames. Ces oiseaux pondent peu d'œufs. Deux à quatre par portée, ce qui rend leur survie et leur multiplication plus précaire. Ainsi, étant monogames, la perte d'un partenaire peut avoir des conséquences dramatiques, empêchant l'autre de se reproduire. Dans certains cas, cela peut même conduire à des comportements suicidaires, augmentant encore la vulnérabilité de cette espèce déjà menacée.
Encrée dans l'histoire et la culture du BurundiLa grue royale n'est pas seulement un symbole de biodiversité au Burundi. Elle est aussi ancrée dans l'histoire et la culture du pays. Selon Manirambona, cet oiseau figure dans de nombreux chants et contes traditionnels qui célèbrent sa beauté et son élégance. Son importance dépasse le simple cadre culturel. Selon lui, sa conservation pourrait apporter d'importants bénéfices écologiques et économiques. En protégeant cette espèce, souligne M. Manirambona, le Burundi pourrait non seulement préserver une part sa biodiversité, mais aussi attirer les touristes et ainsi renflouer les caisses de l’Etat.
« Pour assurer la survie de ce majestueux oiseau, il est essentiel de protéger son habitat naturel et de renforcer l'interdiction de sa chasse et de sa capture. Ces oiseaux doivent évoluer dans leur environnement naturel, où ils jouent un rôle crucial dans l'écosystème », explique Manirambona.
M. Manirambona recommande à la population qui vit essentiellement de l’agriculture de pouvoir accepter de vivre en harmonie avec la grue royale car, explique Manirambona, c’est un oiseau docile qui ne détruit pas les cultures. Il invite aussi la population à ne pas occuper les marais. A l’administration, il leur recommande de convaincre la population à une grande responsabilité dans la conservation de la biodiversité notamment la grue royale. Aux services techniques, il leur invite de à faire respecter les lois en en la matière notamment le code de l’eau, le code de l’environnement, etc. Et de punir ceux qui les transgressent conformément à la loi.
Notons qu’actuellement 19 individus de grue royale ont été recensés le long de la rivière Akagera (de Ngozi a Kirundo).