Contrairement à certaines idées reçues, les troubles mentaux peuvent être pris en charge et, dans de nombreux cas, les personnes concernées peuvent connaître une amélioration importante de leur état et retrouver une vie familiale, sociale et professionnelle satisfaisante.
Les témoignages recueillis dans le cadre des émissions consacrées à la santé mentale sur la Radio EJO HEZA FM illustrent l’importance d’un accompagnement adapté, de l’écoute et de l’accès aux soins.
Lors de l’émission « NOBIMENYA GUTE » du vendredi 2 octobre 2026, une sexagénaire originaire de la province Bujumbura a raconté l’expérience de sa famille avec l’un de ses enfants présentant des troubles du comportement.
« C’était un soir. Après le repas, nous sommes allés nous coucher. Cependant, l’un de mes enfants ne dormait pas. Quelques minutes plus tard, il s’est réveillé et a commencé à rire sans raison apparente. Ensuite, il est allé au salon et s’est mis à inviter une personne que nous ne voyions pas. Puis, il a commencé à jeter des pierres et à casser des pots et des assiettes. La population est venue, mais nous étions impuissants face à la situation. Par la suite, il s’est mis à courir. C’est ainsi que nous l’avons conduit chez Le Gentil, où il a suivi un traitement. Aujourd’hui, il est rétabli et vaque normalement à ses activités quotidiennes », témoigne sa mère.

Fort de cette expérience, cette mère conseille aux familles ayant un proche vivant avec des troubles mentaux de ne pas le traumatiser davantage, mais plutôt de le traiter avec dignité et compassion. Il les encourage également à privilégier les structures de soins adaptées plutôt que de se tourner exclusivement vers des personnes non qualifiées ou des lieux de prière, au risque de retarder une prise en charge appropriée.
Un autre témoignage, tout aussi révélateur, a été livré par Oscar Ndihokubwayo, originaire de la Mubimbi, dans la zone de Kanyosha. Invité à une émission-débat consacrée à la santé mentale le 24 septembre 2026, il a raconté les difficultés rencontrées par la petite sœur de son épouse qui habitait chez lui, dont le comportement avait changé à la suite d’une grossesse non reconnue.
« C’était la petite sœur de mon épouse qui vivait chez moi. À un moment donné, son comportement a changé, mais je n’en ai pas immédiatement compris la raison. Elle s’isolait, semblait avoir peur et ne répondait plus lorsqu’on l’appelait. J’avais l’impression qu’elle traversait une difficulté depuis longtemps », raconte-t-il.
Selon son témoignage, la jeune fille cachait sa grossesse et éprouvait de grandes difficultés à affronter cette situation. Lorsque la nouvelle a été découverte, son épouse a commencé à la réprimander sévèrement, allant jusqu’à lui demander de quitter la maison.
Oscar Ndihokubwayo explique qu’il est alors intervenu pour mettre fin aux reproches et tenter de comprendre ce que vivait la jeune fille. Il l’a invitée à parler, mais celle-ci est restée silencieuse avant de fondre en larmes. Après une écoute attentive, elle a finalement reconnu sa grossesse.
La grossesse s’est ensuite interrompue et le nouveau-né a dû être placé en couveuse. Selon Oscar, la jeune fille refusait d’abord d’aller allaiter son enfant lorsque les médecins l’y invitaient. Par la suite, son état s’est aggravé : elle ne dormait plus, parlait abondamment et tenait des propos incohérents.
Face à cette évolution, les médecins l’ont orientée vers le centre de soins chez Legentil. Après une période de prise en charge, son état s’est amélioré. Aujourd’hui, selon le témoignage d’Oscar Ndihokubwayo, elle a retrouvé une vie normale et a même fondé son propre foyer.
Cette expérience souligne l’importance de l’écoute, du soutien familial et de l’accès aux soins. Elle rappelle également que les situations de détresse psychologique ne doivent pas être aggravées par les humiliations, les reproches ou le rejet. En revanche, seul un professionnel de santé peut établir un diagnostic et déterminer la prise en charge appropriée.
« La colombe rescapée»
Soline Ndayikengurukiye, licenciée en économie, porte en elle les cicatrices d’une enfance douloureuse et d’un long combat contre les troubles bipolaires. Dès l’âge de huit ans, elle a grandi dans un foyer marqué par les conflits entre ses parents, se sentant incomprise, rejetée et privée de l’affection maternelle qu’elle recherchait désespérément. Convaincue que sa mère ne l’aimait pas, elle rêvait de retrouver celle qu’elle considérait comme sa « vraie mère ».
Elle espérait qu’en devenant médecin et en offrant des cadeaux à sa mère, elle parviendrait enfin à gagner son amour. Mais la vie lui a réservé une épreuve encore plus douloureuse : elle a perdu son père en 1998, puis sa mère trois ans plus tard, sans avoir eu la chance de se réconcilier avec elle. Ses rêves d’enfant se sont alors envolés, laissant place à une profonde souffrance intérieure.
Après la mort de sa mère, Soline a commencé à souffrir d’insomnie, avant que son état mental ne se détériore progressivement. Hospitalisée pour la première fois en 2002 au Centre neuropsychiatrique de Kamenge, elle a connu douze hospitalisations et traversé des épisodes de dépression si profonds qu’elle a tenté à trois reprises de mettre fin à ses jours. À certains moments, la douleur semblait plus forte que son désir de vivre. Pourtant, au milieu de ces épreuves, une lueur d’espoir a fini par renaître.
Grâce à l’accompagnement des professionnels de santé, au soutien de son entourage et à ses propres efforts, Soline a progressivement retrouvé le chemin du rétablissement. Son parcours témoigne de la force nécessaire pour se relever lorsque la souffrance semble avoir tout emporté.
En classe, elle s’était surnommé « la colombe poignardée », symbole d’une vie meurtrie par les blessures et les épreuves. Aujourd’hui, elle se présente fièrement comme « la colombe rescapée ». À travers son histoire, Soline veut faire comprendre que les troubles bipolaires ne définissent pas une personne et ne doivent jamais justifier le rejet ou la discrimination. Elle invite la société à abandonner les préjugés et les appellations blessantes, à soutenir les personnes vivant avec des troubles mentaux et à leur offrir la possibilité de se reconstruire dans la dignité. Elle plaide également pour la gratuité des soins de santé mentale. Son témoignage nous rappelle qu’au-delà des blessures les plus profondes, l’espoir peut renaître et qu’aucune personne ne devrait avoir à mener seule le combat pour retrouver le goût de vivre.
Écouter, accompagner et orienter : une responsabilité collective
Ces témoignages montrent que les troubles mentaux peuvent toucher différentes familles, indépendamment de leur milieu social. Ils rappellent également que le rétablissement est possible et que les personnes concernées ne doivent pas être réduites à leur maladie.